Violences conjugales 1/2
Deux millions de femmes avouent être victimes de violences conjugales et plus de six meurent chaque mois sous les coups de leur conjoint. Le domicile conjugal n'est pas toujours un havre de paix. Trop souvent taboue, cette violence n'est pas toujours dénoncée. Pour ces femmes qui vivent l'enfer, il y a urgence !
Un soutien sur mesure pour les femmes victimes de violences conjugales
Lutter contre les violences conjugales pendant la grossesse
Pour sortir de l'engrenage des violences conjugales, le parcours est semé d'embûches. Un meilleur accompagnement des victimes est nécessaire. L'association Séparation Info Service mise sur une aide de proximité au long cours, une procédure moins morcelée. Le point avec sa Présidente-fondatrice Corinne Peirone.
Face à la violence conjugale, "les victimes sont extrêmement démunies, pire sous emprise" affirme Corinne Peirone, fondatrice de l'association Séparation Info Service. Elles sont maintenues dans un état de dépendance, où une peur permanente conjuguée à la perte d'estime de soi, qui les poussent à accepter "l'inacceptable". Les aider à franchir le pas pour déposer plainte et entamer une procédure, qui pourrait mettre fin au cauchemar, est loin d'être simple. Plusieurs facteurs sont à prendre en compte.
Un parcours morcelé, des solutions traumatisantes
Une fois la plainte déposée, le parcours entre la police, les associations, les assistantes sociales, les avocats et la justice est morcelé. Un écueil important, d'autant plus que la proposition de médiation pénale qui en résulte pose problème. La victime est convoquée en présence de son agresseur, tous deux sont mis sur le même pied d'égalité. "Il est facile d'imaginer combien cette seule éventualité va freiner bien des victimes déjà fragilisées psychiquement comme physiquement" souligne la fondatrice. D'autant plus que la médiation suffit rarement. "Un homme violent ne se calme pas parce qu'on le lui demande" ajoute-t-elle.
Quelle que soit la cause de ses actes (une grande souffrance, ou la volonté exacerbée de vouloir dominer l'autre), une démarche de soins (voire une obligation thérapeutique) est nécessaire. D'autres procédures comme évacuer femme et enfants vers un autre département équivalent à déplacer le problème sans le résoudre et expose le plus souvent cette victime vers une destination inconnue et traumatisante !
Une meilleure prise en charge psychologique
Une meilleure prise en charge psychologique est d'une importance capitale, pour augmenter les chances de réussite autour de ce projet. Oser déposer plainte, franchir ce pas, demande une énergie et une détermination incroyables : "Avant d'y parvenir, les femmes font 5 à 7 fois l'aller-retour entre leur domicile et les services de police…" détaille Corinne Peirone. La peur pour la plupart est devenue un compagnon quotidien. D'autres souffrent aussi du syndrome de Stockholm, un attachement à leur bourreau, doublé de culpabilité. Pour subir autant de maltraitance, les victimes pensent inconsciemment qu'elles le méritent. Le déclencheur est souvent un acte de violence de trop, entraînant le sentiment que leur vie est en danger ou le fait de voir ses enfants témoins passifs de ces violences… La nécessité de rester en vie et de protéger ses petits est alors plus forte.
La manière de mener le premier entretien est importante. Il faut à la fois évaluer la gravité de la situation et les ressources dont la victime dispose, pour faire face aux conséquences de son geste. De lui va dépendre l'enclenchement des premières démarches, d'une procédure. C'est un parcours souvent long et pénible. "La victime doit se sentir soutenue, comprise, voire maternée parfois…" détaille la fondatrice. "La femme victime de violences est encadrée dans son quotidien, c'est un facteur rassurant qui l'engage à poursuivre sans se retourner".
Un travail d'équipe
Leur donner une chance de s'en sortir nécessite un réel travail d'équipe et un soutien au plus près. Dans l'urgence, un rendez-vous avec la police est alors acté, avec un dépôt de plainte. Sans la plainte, rien ne peut vraiment démarrer. La manière dont celle-ci est rédigée est primordiale. Sur elle repose la décision du parquet et la prise en charge de l'affaire par l'avocat. Pour donner du poids à la plainte, il faut également un médecin légiste. "Le travail est souterrain", précise la fondatrice… La stratégie repose sur l'ignorance de l'auteur des violences quant à ce qui se trame. Jusqu'à l'interpellation de l'auteur placé en garde à vue entre 24 et 72 heures.
Le fait de placer l'auteur de violence en garde-à-vue, est une mesure d'une grande importance. Son éviction du domicile conjugal marque un tournant. "La violence jusqu'ici confinée à la sphère intime éclate au grand jour" insiste Corinne Peirone. La victime pendant ce temps est mise sous protection. Une mesure qui évite l'hébergement et l'éloignement en urgence et permet de lancer les démarches légales. Une procédure d'urgence, avec enquête des services de police, auditions des témoins, perquisition au domicile et si besoin la demande de divorce. Le Parquet saisi par le Procureur de la République poursuivra l'auteur sur le plan pénal. Compte tenu des éléments de l'enquête, l'auteur peut être déféré et placé en détention provisoire.
Endiguer le phénomène
Il y a une pluralité de femmes et d'auteurs, c'est pourquoi il faut proposer des réponses adaptées à chacun. Les victimes sont souvent isolées, qu'elles soient dans une cage dorée ou un taudis. Rappelons que les violences ont lieu dans des milieux de grande précarité comme dans ceux bien plus aisés. Il faut en parallèle innover et proposer un accompagnement à long terme pour les victimes. Quant à l'auteur de violences conjugales, une exemplarité de sanction, tout comme une démarche de soin thérapeutique pourrait avoir un réel impact.
Catherine Maillard - Le 18 décembre 2009
Association Séparation Info Service.
Tel : 09 75 87 50 21.
Port.: 06 25 26 16 17
Mail: corinne.peirone.s.i.s@orange.fr
Site: www.separationinfoservice.org
Soumises à l'obligation de consultations gynécologiques, les femmes enceintes victimes de violences conjugales sont plus facilement dépistables. De nouveaux centres pluridisciplinaires ont pour mission de les accompagner face à ce fléau. Le point avec le Pr Henri-Jean Philippe, président de la Gynécologie Sans Frontières.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, la grossesse ne protége pas les femmes des violences conjugales. Bien au contraire ! Les chiffres sont à la fois alarmants et consternants. "Pour 40 % des femmes identifiées lors de l'enquête ENVEFF (l'Enquête Nationale sur les Violences Envers les Femmes en France), des actes de maltraitance sont initiés lors d'une grossesse" déplore le Pr. Philippe. Une situation méconnue qui nécessite de réelles mesures.
Violence conjugale chez la femme enceinte : Un constat alarmant
La grossesse entraîne de forts bouleversements, tant physiologiques que psychologiques. Si la chose est entendue pour les femmes, il semble en être tout autrement pour les hommes, pour qui cet événement reste encore très mystérieux, tout comme les répercussions psychiques qu'il entraîne.
Zoom sur l'Enquête Nationale sur les Violences Envers les Femmes en France
En 2000, dans l'enquête ENVEFF, la prévalence des violences au cours de l'année précédant l'enquête a été estimée à près de 10 % des femmes entre 20 et 59 ans… Gynécologues et obstétriciens tirent la sonnette d'alarme. Dans l'obligation de se soumettre à des consultations, les femmes enceintes victimes deviennent enfin dépistables.
Identifier les causes de comportement violent chez le futur père se révèle plus que complexe. Sans vouloir s'immiscer sur un terrain qui n'est pas le sien, le Pr. Philippe évoque deux grands facteurs. "L'apparition d'un comportement violent peut survenir d'une part en cas de grossesse accidentelle, quand l'enfant n'a pas été désiré, ni programmé. D'autre part, le processus de la grossesse occupe rapidement une grande partie de l'attention de la mère, physique comme psychique. Ce qui pour certains hommes est très mal vécu". C'est un fait, avec la venue d'un tiers (en l'occurrence le bébé), la configuration du couple se modifie, et ce dès les premiers mois. Les conséquences sur le conjoint sont rarement prises en compte. Et pour certains, ce serait pourtant nécessaire.
Autre fait marquant : il semblerait que ce phénomène touche toutes les classes sociales, du cordonnier, au chef d'entreprise, au chômeur, au grand cuisinier… Une prise en charge psychologique pour devenir père doit-elle être envisagée. Quoi qu'il en soit, pour protéger la mère, la nécessité d'intervenir est criante.
Un vrai travail de dépistage est nécessaire
"Il y a peu, les médecins étaient confrontés à la prise en charge des femmes seulement en cas de violences visibles et le plus souvent traumatiques" rappelle le Pr. Philippe. En cas de fracture ou de décollement du placenta, l'obligation d'agir est là. Toutefois, la majorité des violences sont invisibles ou non déclarées. Elles peuvent cependant s'aggraver et entraîner de surcroît des conséquences parfois dramatiques pour l'enfant à venir.
A ce titre un vrai travail de dépistage est nécessaire. "Nous avons mis en place un dispositif, avec un questionnaire qui permet de soulever le problème, avec une phrase aussi simple que "avez-vous déjà été victime de violences conjugales" expose le Pr. Philippe. En cas de problème majeur, c'est une opportunité pour les femmes victimes de violence d'être entendue, et prise en charge si besoin. Bien sûr, des obstacles à cet aveu subsistent. Se heurter à du déni est chose courante. "Certaines ne pensent pas renter dans ce cadre, il faut leur expliquer ce qu'on entend par violence" ajoute le Pr. Philippe. La présence du mari lors de la consultation, représente également un obstacle majeur. Toutefois, la grossesse impliquant un suivi avec plusieurs consultations, il est possible de faire émerger un problème de cet ordre, quand il est présent.
La création de centres pluridisciplinaires
Parallèlement au dépistage, la création des centres pluridisciplinaires devrait permettre l'accueil de ses femmes en grande vulnérabilité. Une priorité pour le Pr. Philippe : "Les complications peuvent prendre une tournure qui met aussi en jeu la vie de l'enfant". Outre les fractures de nez ou de bras, il n'est pas rare d'enregistrer des coups sur le ventre, entraînant décollement du placenta, fausse-couche…Ces centres ont donc pour vocation de couvrir les différents domaines à savoir les champs médicaux, psychologiques et sociaux. On pourra y trouver médecin généralistes, gynécologue, sage-femme, assistantes sociales, psychiatre…
"La mise en relation avec des personnes "conseil" sur le plan juridique pourra le cas échéant décider un placement en foyer d'accueil pour lui, ou une mis en garde-à-vue, le cas échéant. Selon les critères de gravité, nous serons en mesure également d'intervenir pour mettre en place un plan d'éloignement en urgence", précise le Pr. Philippe. Plus les professionnels de la périnatalité seront sensibilisés à ce sujet, plus les femmes pourront sentir leur implication, leur soutien ; elles pourront dès lors se confier et être aidée, contribuant ainsi à lutter contre ce fléau, tout à fait inacceptable.
Catherine Maillard, le 9 décembre 2009
Pour aller plus loin :
Des documents pédagogiques et pratiques sur le site : www.gynsf.org ainsi que sur un CDrom consacré aux violences conjugales. L'objet est de les informer sur les causes, les conséquences et les modalités de dépistage.
Les violences conjugales, un fleau méconnu
Aujourd'hui, une femme sur dix est victime de violences conjugales et six d'entre-elles décèdent chaque mois sous les coups de leur conjoint. Longtemps tabou, ce phénomène est déclaré grande cause nationale en 2010.
Les violences conjugales en chiffres
Réagir face aux violences conjugales !
Deux millions de femmes battues chaque année en France d'après les associations de femmes, quelque 20 000 plaintes enregistrées auprès de la police, de la gendarmerie, des tribunaux ou des associations… Une première grande enquête nationale, demandée par le secrétariat d'Etat aux droits de la femme, vient enfin lever le voile sur ce sujet dérangeant, tabou et résolument inadmissible.
L'enquête commandée à la suite des engagements pris en 1995, à Pékin, lors de la conférence mondiale des femmes, a été effectuée en 1999, de façon anonyme, par téléphone, sur un échantillon de 6 970 femmes âgées de 20 à 59 ans. Elle a été coordonnée par l'Institut de démographie de Paris I. La méthode choisie était claire : obtenir des chiffres plus fiables que ceux des seules violences déclarées, ces violences étant encore souvent "occultées voire déniées par les victimes elles-mêmes", précise Maryse Jaspard, responsable de l'enquête.1
La violence partout, mais d'abord à la maison
Dans sa vie de couple, une femme sur dix est victime de violences conjugales d'origines variées. Dans le lot, on retrouve les insultes (4,3 %), le chantage affectif (1,8 %), les pressions psychologiques (37 %), les violences physiques (2,5 %) et les agressions sexuelles (0,9 %). Si l'on extrapole les viols déclarés par les femmes interrogées aux quelque 16 millions de femmes métropolitaines de 20 à 59 ans, on en arrive à un chiffre alarmant : 48 000 femmes auraient été victimes de viol en 1999, pour le tiers d'entre elles dans une relation de couple, pensent les chercheurs chargés de l'enquête.
Par ailleurs, les femmes ayant quitté leur partenaire au moment de l'enquête ont déclaré trois à quatre fois plus de violence que les autres.
Mais la violence s'exprime partout et aussi dans l'espace public : les agressions verbales (pas forcément perpétrées par des hommes) arrivent en tête et sont subies par 13,2 % des femmes. Dans le cadre professionnel, dans l'ordre apparaissent les pressions psychologiques (16,7 % des femmes), les agressions verbales (8,5 %), les avances et agressions sexuelles (1,9 %) et les agressions physiques (0,6 %).
Elément commun à toutes ces violences subies : le silence lié à la honte et à la peur (de perdre un mari, d'être séparée de ses enfants, d'être licenciée, de n'être pas crue ou ridiculisée)…
Toutes les couches de la société concernées
Aucune classe sociale n'est épargnée : 10 % des cadres supérieures, 10,2 % des femmes au foyer, 9 % des employées et 8,7 % des ouvrières subissent des violences conjugales. Mais c'est chez les plus fragiles socialement que l'on observe les plus forts taux : 13,7 % chez les chômeuses, et 12,4 % chez les étudiantes et les femmes les plus jeunes sont deux fois plus touchées que leurs aînées.
En parlant on se libère
Cette enquête s'est inscrit dans le cadre des Assises nationales contre les violences qui s'est tenue le mois dernier à Paris, destinées à "libérer encore davantage la parole" , précise Nicole Péry, secrétaire d'Etat aux Droits des femmes, qui rappelle que sa permanence téléphonique2, en place depuis 1992, a reçu "600 appels par semaine en 1999 et 1 200, l'an dernier".
Enfin, il faut souligner que l'enquête a été réalisée auprès de femmes jointes chez elle par téléphone. Les plus défavorisées (précarité financière, séjour en prison, foyer ou hôpital, manque de maîtrise de la langue…) n'ont pas pu être interrogées. On peut peut-être se demander si leur témoignage ne ferait pas dangereusement plonger les chiffres dans un gouffre encore plus alarmant.
Isabelle Martin
1 - Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Enveff) -
Population et Société n°364 - janvier 2001
2 - SOS femme violence conjugale - Téléphone : 01 40 33 80 60
Aujourd’hui, une femme sur dix est victime de violences conjugales et six d’entre-elles décèdent chaque mois sous les coups de leur conjoint. Face à ce terrible tableau, les pouvoirs publics réagissent à travers une campagne choc et une proposition de loi. Pour ces femmes qui vivent l’enfer, il y a urgence !
Campagne choc, renforcement du dispositif législatif, expérience de prise en charge, proposition de loi… Ces efforts s’inscrivent dans le cadre du plan de lutte contre les violences faites aux femmes lancé le 24 novembre 2004 par le gouvernement. Trop souvent taboue, cette violence ne doit plus être tolérée.
Une femme sur dix concernée
En 2000, une enquête nationale menée auprès de 7 000 femmes avait permis d’estimer pour la première fois l’ampleur du phénomène1. Dans sa vie de couple, une femme sur dix est victime de violences conjugales d’origines variées. Dans le lot, on retrouve les insultes (4,3 %), le chantage affectif (1,8 %), les pressions psychologiques (37 %), les violences physiques (2,5 %) et les agressions sexuelles (0,9 %). Les plus jeunes seraient deux fois plus exposées que leurs aînées.
Trois femmes meurent tous les quinze jours des suites de faits de cette nature et 20% des urgences médicales relèvent du même contexte selon le rapport du professeur Henrion publié en 2001 sur "Les femmes victimes de violences conjugales et le rôle des professionnels de santé". Toutes les catégories socioprofessionnelles et toutes les tranches d’âge sont concernées.
De plus, seuls 6 % des victimes de violences au sein du couple portent plainte. Si des obstacles d’ordre socioculturel et psychologique peuvent expliquer ces réticences, il appartient aux différents interlocuteurs (associations, pouvoirs publics, pouvoir judiciaire…) de développer l’écoute, la disponibilité et la délivrance d’informations nécessaires pour aider chacune à franchir le cap, lorsqu’elles le souhaitent. C’est le but de cette première campagne de sensibilisation sur ces violences dont sont victimes de trop nombreuses femmes.
Les engagements du Garde des sceaux
Dans le cadre du Plan global de lutte contre les violences faites aux femmes initié le 24 novembre 2004, les pouvoirs publics poursuivent leur effort2 :
La diffusion du film "Plus d’une femme par jour" à la télé (voir le clip TV) : Par ce film choc, le Garde des Sceaux espère en faveur des populations fragilisées, ce film témoigne de la volonté de mieux prendre en charge les victimes de violences, de garantir une prévention efficace et une réponse pénale appropriée. Un message pour les victimes (vous avez des droits, des professionnels sont à votre écoute) et aux auteurs de violence (vous pouvez être condamné(e) pénalement, mais vous pouvez également bénéficier d’une aide).
Cette campagne va compléter quelques avancées récentes :
Le renforcement du dispositif législatif : Depuis le 1er janvier 2005, l’entrée en vigueur de la loi sur le divorce prévoit l’éviction du conjoint violent par le juge aux affaires familiales. Le ministère de la Justice a élaboré des protocoles communs à l’ensemble des acteurs impliqués dans la prise en charge d’une situation de violences au sein du couple pour améliorer le traitement judiciaire et renforcer le partenariat. Toutes ces procédures sont détaillées dans le guide en ligne "La lutte des violences au sein du couple - guide de l’action publique" ;
L’entretien d’un riche tissu associatif : Aujourd’hui, 168 associations conventionnées par le ministère de la Justice aident les victimes à lutter contre leur isolement et leur sentiment d’insécurité et apaiser les conflits. Elles sont orientées, informées sur leurs droits, accompagnées dans leurs démarches, et peuvent recevoir un soutien psychologique adapté auprès des institutions et associations d’aide aux victimes spécialisées.
Des actions sur le terrain : A Douai, le parquet a initié une formule originale en envoyant les auteurs de violences conjugales dans un foyer d’hébergement d’urgence pendant 15 jours, durant lesquels ils cohabitent avec des SDF. Le choc psychologique et l’éloignement du mari de sa victime ont donné de bons résultats. A Paris, une structure dédiée aux auteurs de ces violences a été initiée en partenariat avec la Ligue française de santé mentale dirigée par le Dr Roland Coutanceau (lire notre interview). A Nantes, une permanence spécialement destinées aux victimes des violences a été mise en place 3 jours par semaine à l’hôpital…
Une proposition de loi examinée au Sénat
Parallèlement, le groupe socialiste du Sénat a déposé un texte qui vise à durcir les sanctions contre les auteurs de violence répétées. Cette proposition de loi examinée par la commission des lois du Sénat lors de la journée de la femme (le 8 mars 2005) suggère de compléter le code pénal en y incluant notamment l’extension de la circonstance aggravante pour les violences commises par le pacsé, l’aggravation des peines pour les violences commises par l’ancien partenaire de la victime, l’incrimination explicite du viol entre conjoints, concubins ou pacsé et la définition d’une obligation spécifique d’éloignement de l’auteur des violences du domicile commun3. Le texte devrait être examiné par le Sénat en séance publique dès la fin du mois.
Actuellement, les pays européens ont tous lutté contre ce phénomène à travers différentes approches. L’Espagne et la Suède sont les deux seuls pays où les violences conjugales constituent une infraction pénale spécifique. Le modèle autrichien qui permet d’éloigner l’agresseur de la victime immédiatement après la survenance des faits n’a été repris que par l’Allemagne. Pour en savoir plus sur la stratégie des différents pays, un document de travail du Sénat disponible en ligne vous sera très utile4.
Quelle prise en charge pour les blessures invisibles ?
Si les violences physiques peuvent avoir un impact direct sur l’état de santé des victimes, les conséquences sur la santé mentale ont jusqu’alors été peu abordées. Une publication de l’Institut de Veille Sanitaire5 répare cet oubli. Selon Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), les femmes victimes de violences physiques et/ou sexuelles sont beaucoup plus nombreuses à avoir un niveau de détresse psychologique et stress élevé, à avoir consulté un spécialiste de la santé mentale (20 à 25 % d’entre-elles), à avoir consommé des psychotropes et à avoir fait une tentative de suicide au cours des 12 derniers mois.
Face à ces résultats (qui rejoignent ceux d’études sur le même sujet6,7), l’auteur estime qu’il est indispensable de "permettre aux professionnels de santé d’intégrer dans leur pratique le rôle déterminant des violences sur la santé des femmes". Ces derniers peuvent aujourd’hui se sentir démunis par manque de formation et de solutions concrètes. Alors que les violences ne constituent pas seulement une question médicale (mais aussi sociale et légale), la mise en place de lieux d’accueil et d’écoute pour les femmes concernées apparaît de plus en plus nécessaire.
David Bême
1 - Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Enveff) - Population et Société n°364 - janvier 2001
2 - Conférence et dossier de presse du Ministère de la justice du 2 mars 2005
3 - Communiqué du Sénat du 8 mars 2005
4 - La lutte contre les violences conjugales, n°LC144 - document de travail du Sénat - Série Législation comparée - février 2005
5 - "Violences envers les femmes et état de santé mentale : résultats de l’enquête Enveff 200" - BEH n°9-10/2005
6 - BMJ 2004; 328(7440): 621-4
7 - Am J Psychiatry. 2003 May; 160(5):933-8.
Listes des associations d’aides aux victimes de violence au sein du couple
Afin de lutter contre l’insécurité et la violence au sein du foyer, le gouvernement a lancé, le 24 novembre 2004, un "Plan global de lutte contre les violences faites aux femmes". A travers une campagne basée sur des images fortes et un message engagé, le ministère de la Justice renforce la lutte contre les violences au sein du couple.
Campagne "contre les violences au sein du couple" du ministère de la Justice
Producteur du spot : Bruno PLASSE ;
Réalisateurs du spot : François et Félicie ;
Site du ministère de la justice.
Halte aux violences conjugales !
Listes des associations d'aide aux victimes de violence au sein du couple
Institut national d’aide aux victimes et de médiation (INAVEM)
1, rue du Pré Saint-Gervais
93691 PANTIN cedex
Tel : 01 41 83 42 11 / 24
Site internet : www.inavem.org
Numéro d’appel national d’aide aux victimes : 0810 09 86 09
Du lundi au samedi de 10H à 22H
Centre national d’information sur les droits des femmes et des familles (CNIDFF) - Réseau des CIDF
7, rue du Jura
75013 PARIS
Tel : 01 42 17 12 00
Site internet : www.infofemmes.com
Fédération nationale solidarité femmes (FNSF)
32, rue des Envierges
75020 PARIS
Tel : 01 40 33 80 90
Email : fnsf.doc@wanadoo.fr
Citoyens et justice
8, rue du Petit Goave
BP 94
33008 BORDEAUX
Tel : 05 56 99 29 24
Site internet : www.citoyens-justice.fr
Violence conjugale - Femmes infos-service
Tel : 01 40 33 80 60
Du lundi au vendredi de 7p0 à 23p0
Samedis et jours fériés de 10H à 20H.
Viols femmes informations : 0800 05 95 95
Du lundi au vendredi de 10H à 19H.
Réagir face aux violences conjugales
Depuis quelques temps, votre compagnon a changé d'humeur, il est devenu plus glacial, plus coléreux, il vous a même frappé(e) pour la première fois. Que cette attitude soit récente ou ancienne vous devez réagir !
Briser la loi du silence
Que faire face à un partenaire violent ?
Quand consulter une conseillère conjugale ?
En 1999, on dénombrait en France environ 2 millions de femmes victimes de violence conjugale. Physique, psychologique, verbale, sexuelle, économique… la violence conjugale se conjugue à tous les temps et reste, hélas, toujours marquée par le sceau de la honte et du secret.
On rencontre la violence conjugale dans tous les groupes sociaux, économiques et culturels, dans tous les milieux - urbain ou rural - toutes les tranches d'âges. Les chiffres sont alarmants : 60 % des appels Police Secours de Paris concernent les violences conjugales1.
Ça n'arrive pas qu'aux autres…
En 1999, 400 femmes sont mortes, en France, sous les coups de leur conjoint. Et une femme sur cinq a été victime de la violence de son compagnon au moins une fois dans sa vie2.
Moins visible mais très insidieuse, les femmes humiliées sont également victimes de violence psychologique. N'oublions pas non plus les comportements abusifs, où elles subissent des relations sexuelles non désirées ou souffrent d'une dépendance économique qui ne leur permet plus de disposer de l'essentiel pour vivre.
Pourquoi un tel comportement ?
Les principales raisons données à l'agressivité du conjoint sont la volonté d'imposer son autorité (62,7 %), l'alcoolisme (54,3 %), et le fait qu'il ait été lui-même maltraité durant son enfance (46,6 %)3. On retrouve aussi souvent l'incapacité, pour la personne violente, à formuler verbalement ce qu'il ressent, ou encore des pathologies dépressives déclarées ou latentes. Du coup, c'est le corps qui "s'exprime" pour régler les conflits et affirmer un pouvoir sans discussion. C'est le paradoxe d'une situation où la violence finit par refléter la faiblesse d'un individu.
Déplacer le problème hors du couple
Bien sûr, il est difficile de condamner l'homme qu'on aime, d'avouer publiquement l'échec de son couple. Mais si vous êtes victime de violences conjugales, ne pensez jamais que tout cela "s'arrangera" avec de la patience et du temps. Refusez la tolérance ou l'acceptation, et ne vous laissez pas prendre au piège : la violence conjugale est un processus qui s'installe, insidieusement, au cours du temps. Elle fluctue, de tensions extrêmes en rémissions. Et finit, à la longue, par culpabiliser et dévaloriser la personne qui la subit. N'attendez pas d'être complètement terrorisée pour réagir.
Essayez de parler de votre souffrance autour de vous et, si vous vous sentez incomprise, seule, n'hésitez pas à contacter les services d'accueil téléphonique. Ils sont là pour vous écouter, tenter de comprendre votre situation, vous déculpabiliser et vous orienter vers des structures adéquates (centres d'urgence, centres d'hébergement spécialisés, etc.) ou encore vers des médecins. Sachez que vous pouvez aussi déposer une déclaration de violences, en main courante, au commissariat de police. Toutes ces démarches sont essentielles pour un éventuel nouveau départ dans la vie.
Partir ou pas ?
C'est un choix personnel. Quel qu'il soit, prenez toutes les précautions nécessaires. Tenez-vous prête "au cas où", en prévenant vos proches de vos difficultés, en donnant des consignes à vos enfants en cas de crise extrême… Conservez à l'abri tous vos papiers importants (faites établir des témoignages qui s'avéreront nécessaires pour un départ éventuel dans une nouvelle vie).
Et si, après avoir quitté le domicile familial, pleine d'interrogations non résolues ou sensible à un comportement différent de votre partenaire (mais pour combien de temps ?), vous décidez de revenir à la maison, ne vous culpabilisez pas. Dans cette période difficile de votre vie, essayez de comprendre ce choix. De toute manière, il est un maillon qui vous conduira, un jour, d'une façon ou d'une autre, à résoudre la situation de violence dans laquelle vous vous trouvez.
Ce que dit la loi
Les violences conjugales, suivant leur gravité, peuvent donner lieu de 3 ans d'emprisonnement avec 45 735 €uros d'amende à 5 ans et 76 225 €uros d'amende, et jusqu'à 15 ans à 20 ans de réclusion. Qu'on se le dise.
Isabelle Martin
1 - Enquête Droit des Femmes – 1988
2 - Enquête Eurobaromètre mars à mai 1999
3 - Enquête CNIF- Décembre 1999 - Mars 2000
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Violence Conjugale Femmes Info-Service
Tél.: 01 40 33 80 60.
SOS Femmes
Tél.: 01 40 02 02 33
Minitel 3615 SOS femmes.
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"L'ogre intérieur, de la violence personnelle et familiale" de Christine Olivier,
Editions Fayard.
"L'homme agressif" de Pierre Karli, Editions Odile Jacob.
Depuis quelques temps, votre compagnon a changé d'humeur, il est devenu plus glacial, plus coléreux, il vous a même frappé-e pour la première fois. Que cette attitude soit récente ou ancienne vous devez réagir. Que faire quand la violence s'installe dans votre couple, dans votre foyer ? Comment s'en sortir ?
Aujourd'hui en France, une femme sur dix est victime de violence conjugale : des chiffres alarmants. Celle-ci prend de multiples facettes : la plupart du temps physique, elle peut aussi être verbale ou psychologique et s'exprimer selon différents degrés d'intensité. Dans tous les cas elle reste inacceptable, mais il n'est pas pour autant plus facile d'en sortir. Que faire quand vous la vivez au quotidien ? Quelles attitudes devez-vous adopter ?
Faites-vous aider
Avant toute chose, gardez toujours à l'esprit que le plus important est de vous protéger, ainsi que vos enfants. Souvent témoins de la situation et parfois victimes au même titre que leur parent, ils souffrent énormément de cette situation de danger, de peur et de violence. De nombreuses femmes victimes sont mal informées des dispositifs d'aide. Pourtant, il existe un grand nombre d'associations prêtes à vous soutenir, vous et vos enfants.
Réussir à en parler
Seule à gérer cette situation, toute la difficulté de la femme est de briser le silence, et d'en parler à d'autres. Beaucoup de femmes redoutent les réactions de leur conjoint à l'annonce de leur départ ou d'un dépôt de plainte. Craignant qu'il redouble de violence, elles abandonnent leurs démarches. S'il est vrai que ce danger est réel, il existe des mesures de protection. C'est en ayant cette force et ce courage que vous vous en sortirez.
N'attendez pas de ne plus supporter les coups pour partir, ni de dépasser le seuil physique et mental de tolérance. La situation est telle que certaines femmes ressentant de la honte et de la culpabilité, en viennent à se sentir responsables de ce qui leur arrive. C'est ce qu'il faut à tout prix éviter. C'est pourquoi il est capital de faire appel à des associations d'aide aux victimes qui pourront vous aider concrètement, non seulement aujourd'hui mais aussi demain.
Modifier son comportement
Les phases de violence alternent souvent avec des mea culpa, ce qui peut ralentir les démarches et poursuites engagées par la victime. Il vous faudra trouver le courage de résister à ses pardons, partir et l'encourager à se soigner. Un homme violent envers sa femme ou ses enfants, l'est aussi envers lui même, et souffre. Aidez-le à faire un travail approfondi et durable sur lui-même et à suivre des programmes pour conjoints violents, afin qu'il modifie son comportement.
Parce qu'une femme battue se sent rarement capable de faire des démarches, d'engager des poursuites ou simplement d'en parler lorsqu'elle est seule, il existe un grand nombre de lignes téléphoniques qui viennent en aide à ces femmes en détresse, ainsi que des foyers d'accueil pour les situations d'urgence et des centres d'hébergement pour femmes avec ou sans enfants pour des temps plus ou moins longs.
Gardez à l'esprit qu'il existe une multitude d'autres moyens que la violence pour résoudre un problème et que rien ne la justifie.
Marion Capeyron
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Si vous êtes victime de violences conjugales ou témoin de ces violences, voici quelques numéros utiles :
SOS femme violence conjugale : 01 40 33 80 60
SOS violences familiales : 01 44 73 01 27
SOS familles en péril : 01 42 46 66 77
SOS viol : 0 800 05 95 95
Planning familial : 01 48 07 29 10
Lieux d'accueil : SOS femmes accueil : 03 25 06 50 70
Quand un couple se déchire, il peut sembler naturel de se confier à un proche, espérant ainsi trouver une oreille attentive. Mais cette démarche n'est jamais exempte de déconvenues et peut, au contraire, accroître la mésentente du couple. En faisant appel à une conseillère conjugale, les couples en crises sont assurés d'une parfaite confidentialité, d'une entière neutralité, et d'une qualité d'écoute qui doit leur permettre de renouer le dialogue.
"Nous voyons des couples de tous âges mais c'est surtout entre 35 et 60 ans que se produisent les crises", explique Arlette L. conseillère conjugale dans un centre de planification familiale en milieu hospitalier. "C'est souvent le cas après 10 à 15 ans de vie commune et au moment de la retraite". Les raisons ? Les vicissitudes de la vie, la méconnaissance de l'évolution de l'amour, l'irruption d'une tierce-personne ou l'usure du temps, qui amène à ne plus se supporter.
L'écoute
"Nous ne donnons pas de conseils. Notre premier rôle est d'écouter, de percevoir ce qui est dit, d'entendre au-delà des mots, afin de pouvoir aider le couple à trouver ses propres solutions." Généralement, deux cas de figure se présentent : l'un des partenaires est délaissé par l'autre ou l'ensemble du couple est en crise.
Dans le premier cas, la conseillère conjugale aide la personne à sortir de sa souffrance, à comprendre pourquoi elle en est arrivée là. Elle l'informe aussi sur ses droits en lui indiquant où s'adresser, quelles sont les procédures auxquelles elle s'expose, notamment si elle désire prendre un avocat.
Dans le second cas, c'est souvent l'un des deux membres du couple qui propose à l'autre de venir consulter la conseillère conjugale. "Pour sonder le problème, je suis toujours amenée à les recevoir séparément, même si, au moment du bilan, il faudra les voir ensemble". Pour sortir de cette crise, la conseillère conjugale essaye, à travers ses entretiens, de savoir ce qui s'est passé avant, de faire émerger les différences, les problématiques et les incompréhensions.
Neutralité et confidentialité
Le fait de parler à une personne neutre et inconnue permet au couple de s'exprimer plus librement, sans risque de jugement, et permet une réflexion plus objective.
"Se confier à un proche, c'est prendre le risque de parler de problèmes personnels à une personne avec laquelle vous pouvez être brouillée par la suite, mais qui restera observateur de votre couple". Le conseiller conjugal est également très vigilant face à d'éventuelles tentatives de manipulation par l'un ou l'autre membre du couple.
Faire appel à une conseillère conjugale, c'est aussi, pour le couple, une garantie de confidentialité et de formation professionnelle.
"Ce que nous confie l'un des membres du couple n'est jamais rapporté à l'autre, sauf avec son accord. Nous sommes liés par le secret professionnel". Créée par la loi de 1972 sur la contraception, la profession de conseiller conjugal ne peut être exercée qu'après avoir suivi une formation de trois ans sanctionnée par un diplôme. Il s'agit en majorité de femmes travaillant déjà dans le secteur médical ou paramédical et possédant des connaissances en psychologie, sexologie et en comportement de l'individu.
Aiguillage vers des spécialistes
La conseillère conjugale voit le couple, ou l'un de ses membres, durant un à deux mois, à raison d'un entretien par semaine. "Ce n'est pas de la thérapie. Quand on sent que cela n'avance pas ou que cela relève de la pathologie psychologique ou sexologique, nous aiguillons le couple vers un médecin spécialisé". De même, la conseillère orientera ses interlocuteurs vers un avocat, s'il s'agit d'un problème d'ordre juridique.
Où contacter une conseillère conjugale ?
Si les couples vivant dans le sud de la France et en région parisienne sont les plus enclins à faire appel à une conseillère conjugale, vous pouvez en consulter dans toute la France, dans les centres de planification familiale au sein des hôpitaux et des centres de protection maternelle et infantile, dans les centres d'information des droits des femmes (CIDF), dans les foyers de jeunes, dans les centres de toxicomanie et auprès des tribunaux.
Hervé Ciret
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Vous pouvez vous renseigner à la mairie de votre domicile ou contacter l'Association nationale des conseillers conjugaux et familiaux :
ANCCEF
BP 60241
60722 PONT SAINT MAXENCE cedex
Tel : 03 44 31 00 20
Email : anccef@wanadoo.fr
Site Web : http://site.voila.fr/anccef
